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Les trois couleurs de la pensée libre, unique et indivisible

La Libre Pensée


La libre pensée ne constitue souvent qu'une croyance,
qui dispense de la fatigue de penser
(Gustave Le Bon, sociologue 1841-1931)


La vie comique de Jésus, Lorulot

             Comment se fait-il que les mouvements laïques, qui menaient au XIXème siècle des luttes d’émancipation, se soient englués au XXIème siècle dans un entêtement réactionnaire ? Ils ne jurent plus que par la Constitution de 1958 et l’obéissance aux lois républicaines

Libre Pensée
   La Raison, chère aux philosophes des Lumières, est devenue la raison d'État...

1 - Au départ : Un combat contre les monopoles du clergé 

Gambetta
"Le cléricalisme, voilà l'ennemi !"
(Gambetta)
              La Libre Pensée, c’est d’abord le reflet d’une période révolue. C’est l’esprit républicain qui existait sous le second empire et la Troisième république. Elle représentait l’adhésion populaire de cette époque à la philosophie des Lumières, tout comme le pèlerinage de Lourdes représente l’adhésion populaire à la religion catholique. Dans l’un et l’autre cas, il ne faut pas y voir un système philosophique ou théologique cohérent, mais l’appartenance à un camp, à une façon de penser et de ressentir ; un savoir et un savoir-vivre.
             Dans la pratique, le combat laïque, dont la Libre Pensée était l’avant-garde, est à l'époque une réaction populaire contre les monopoles du clergé. Cette réaction se cristallise en particulier autour des enterrements. La revendication minimale qui rassemble les libres penseurs est celle du droit de mourir et d’être enterré hors de toute religion.
             A partir de cette base commune, les revendications se diversifient. C’est la laïcisation de l’éducation, des services hospitaliers, de l’armée. C’est aussi la laïcisation de l’espace et du temps, du nom des rues, des statues, des fêtes chômées, du droit de procession. C’est encore bien d’autres revendications, le plus souvent du domaine symbolique, sur le serment judiciaire, la présence de crucifix dans les lieux publics, le catéchisme ou les émissions religieuses.
             Cette grande période revendicative se situe entre 1848 et 1905. C’est celle des enterrements civils, glorieux pour les uns comme Victor Hugo, difficiles et courageux pour les anonymes. Mais les victoires du camp laïque s’accumulent. Le personnel des hôpitaux se laïcise à partir des années 1870. Au cours des années 1880, un ensemble de lois sont votées pour la laïcisation de l’éducation. Les cimetières sont laïcisés en 1881. En 1889, les séminaristes sont astreints au service militaire. Le 9 décembre 1905 est votée la loi de séparation des églises et de l’Etat Combes
 Emile Combes

2 - Deuxième phase : le blasphème et l’outrance

La Bible amusante          Après cette période essentiellement revendicative vient celle des grands pamphlétaires laïques, grosso modo entre 1905 et 1960.

              Le précurseur en avait été Leo Taxil. Taxil fait paraître La Bible amusante à partir de 1897 sous la forme de 67 petits fascicules. Cet ouvrage fait suite à une fantastique imposture. Léo,
après avoir été un anticlérical militant, s'est converti et est resté au sein de l'église pendant 12 ans. Il a même été reçu en audience par le pape Léon XIII. Après ces 12 années, il redevient anticlérical militant. Fier comme un gamin, il se flatte dans la dédicace de sa Bible amusante  d'avoir mystifié le pape et mis en défaut le dogme de l'infaillibilité pontificale.
Leo Taxil
Léo Taxil
         Après Léo Taxil émergent les noms de Sébastien Faure, Joseph Turmel ou André Lorulot. L’objectif est moins de faire rire que de salir. L’histoire sainte, la Bible, les rites religieux sont roulés dans la scatologie et la pornographie. Les caricatures des moines et des prêtres expriment une haine et un mépris du même tonneau que les sentiments racistes ou antisémites.

3 - Les cinq piliers de la sagesse libre-penseuse

Extrait de la Vie Comique de Jésus               Pendant la première moitié du XXème siècle, la Libre Pensée construit, au nom de la raison, un corpus fondée sur cinq piliers :  anticléricalisme, racisme, antisémitisme, antiféminisme, pacifisme. C'est André Lorulot, dans son abondante production, qui se chargera de fixer ce corpus, conforme aux écrits de Voltaire, ou du moins compatible avec eux.
Ce corpus est aussi en ligne avec les libres penseurs "scientifiques" de la fin du XIXème siècle, qui fondèrent le mouvement et le journal La Libre Pensée : voir Gellion-Danglar, Regnard, Hamon, Flourens.

          On peut remarquer que ces cinq piliers sont, non des projets, mais des rejets. Cette singularité donne de la cohérence au corpus et aussi à son aspect extérieur : celui de la contestation, du refus tous azimuts. De là à considérer l'attitude libre-penseuse comme une attitude de révolte ou même comme une attitude authentiquement révolutionnaire, il n'y a qu'un pas. Il suffit de considérer comme inacceptable tout à la fois le pouvoir occulte des Jésuites, l'action dissolvante des droits ethniques, l'or des Juifs, l'influence des femmes soumises et les malheurs de la guerre. 

L'anticléricalisme :

         C'est le pilier principal. Au temps de Voltaire, le haut clergé représentait un pouvoir et un ordre qui s'opposait à la montée de la bourgeoisie, dont Voltaire est le représentant. Cette tendance réactionnaire est restée dominante en France durant tout le XIXème siècle et une bonne partie du XXème siècle. Toutefois, il s'est progressivement développé en sein du christianisme d'autres conceptions de la société humaine. Aujourd'hui les chrétiens ne sont pas significativement différents, dans les choix socio-politiques, de la moyenne de la population.

         L'anticléricalisme de Lorulot n'est pas lié aux tendances réactionnaires de l'église. Il s'oppose tout autant au syndicalisme chrétien, aux résistants chrétiens (lui qui collabora avec les nazis), à tous les réformateurs chrétiens qu'il considère a priori comme des imposteurs. Pour lui, comme pour Gambetta avant lui, "le cléricalisme, voilà l'ennemi". Les écrits de Lorulot montrent à l'évidence que c'est le cléricalisme et non le conservatisme qui est l'ennemi.

          La particularité de l'anticléricalisme de Lorulot, qui donnera sa marque à la Libre Pensée, c'est l'obsession paranoïaque du complot jésuite.

" Les Jésuites se sont toujours cachés. (...) La Société a des agents un peu partout, qui sont chargés de rechercher certains ouvrages et de les anéantir. (...) Leur seul but, c'est la domination universelle. (...) On les sent partout, on ne les trouve nulle part. Comment les frapper ? Ils sont insaisissables. Comment se défendre de leurs intrigues ? Ils restent toujours dans l'obscurité. Comment déjouer leurs plans ? Ils ont des émissaires dans tous les partis, qui servent leur politique, qui embrouillent toutes les situations et bernent même les hommes d'avant-garde !...(...)
Les Jésuites constituent pour le progrès et pour la paix une menace effrayante. L'église catholique, dont ils sont la plus fanatique, la plus intolérante incarnation, n'a pas modifié son état d'esprit. (...) L'Eglise n'a pas désarmé. Elle est prête à persécuter, aujourd'hui comme autrefois. Elle veut dominer le monde entier.
André Lorulot. La documentation antireligieuse. Octobre 1933.( Cité par P.A. Taguieff. Voir bibliographie )
NB : Aujourd'hui, l'Opus Dei a remplacé les Jésuites dans l'imaginaire complotiste des libres-penseurs.


             Lorulot n'oppose pas non plus l'amour des hommes à l'amour de Dieu, l'amour de la vie présente à celle de l'au-delà. Il n'aime pas les hommes et il le dit clairement, en particulier dans sa brochure "Les hommes me dégoûtent" (1939)

Ce n’est pas un chapitre, c’est un volume entier, et un gros volume, qu’il faudrait écrire, si l’on voulait énumérer les différentes catégories de tourtes et de nouilles qui évoluent sur la planète (...)

Mais il y a des petites girouettes imbéciles, en quantité innombrable. Elles changent d’opinion sans savoir pourquoi ni comment, parce qu’on leur dit de changer. Le cerveau de ces gens-là doit ressembler à une éponge : il absorbe tout ce qu’on lui présente. (...)

Eblouir les autres ! Mâles ou femelles, ils ne pensent qu’à cela ; ils ne vivent que pour cela. En boucher un coin  aux copains et surtout aux copines, avec une robe neuve, un chapeau dernier cri. Quand ils vont visiter des amis, ce n’est pas par amitié, c’est pour les faire bisquer en étalant un manteau « qu’ils n’avaient pas encore vu », des bottines et un sac à main inédits. Et les autres seront obligés d’admirer, ou de faire semblant, la mort dans l’âme. (...)

Quel plaisir peut-on éprouver à éblouir des imbéciles ? Des esprits superficiels, dont l’opinion ou le jugement n’ont absolument aucune importance et aucune valeur ? C’est au fond pour les dominer, leur faire croire qu’on a du pèze en masse et qu’on ne se refuse rien, se griser d’une supériorité factice – et souvent même inexistante. (...)

Parmi les actions quotidiennes de l’homme combien sont vraiment libres, spontanées, sincères ? Pas beaucoup. On obéit à la routine, à l’habitude, à la mode. (...) La servitude de la mode, jusqu’à présent, pesait surtout sur les femmes. Mais les hommes d’aujourd’hui, les jeunes surtout, se montrent aussi stupides, aussi moutons. Cela tient sans doute à leur médiocrité mentale, au vide désolant de leur cerveau ; à leur manque absolu de personnalité. Nos contemporains sont complètement privés d’originalité : L’humanité ressemble à un grand troupeau. On pense en série. On agit de même. (...)

Tout le monde est hypocrite. L’ambiance nous y oblige. Moi comme les autres. Il est presque impossible d’être franc et sincère, dans toutes les circonstances et avec tous les individus. On ne peut pas toujours proclamer la vérité, dire carrément ce que l’on pense. On craint de déplaire ou de froisser. Alors on fait semblant d’approuver des choses qui nous répugnent. Une telle attitude n’est pas reluisante.(...)

Par moment la vie elle-même me dégoûte. Je la trouve tellement grise, monotone, quotidienne... Et sans issue. A quoi bon tant lutter, tant souffrir, tant peiner, puisqu’il faudra, bientôt peut-être (et très rapidement, de toutes façons) renoncer à tout et succomber devant la mort – encore une belle dégoûtation.
Répéter toujours les mêmes paroles, et refaire interminablement des gestes identiques, on s’en fatigue... Et certains jours, l’accablement est si grand que l’on cède à l’amertume. On est sur le point de lâcher pied et de renoncer à tout.  (...)
On ne devrait pas trop demander à la vie. On ne devrait pas trop réfléchir, pas trop penser, pas trop rêver. Les exigences du cœur et de l’esprit, quand elles sont trop grandes, finissent par vous accabler.
Au fond, pourquoi les hommes tiennent-ils tant à la vie ? Je le comprends de moins en moins.
Ils s’ennuient. Ils souffrent. Ils n’arrêtent pas de récriminer et de geindre.  (...)
Ils imaginent les amusements les plus variés et les plus cocasses et le lendemain d’une cuite répugnante, ils vous diront : « J’ai bien rigolé ! ». Mais
ils ne donnent le change à personne. S’ils arrivent à s’étourdir, la tristesse et l’ennui les reprennent bien vite...  (...)
Ils ne s’amusent guère, mais ils font semblant de s’intéresser à une foule de choses qui sont à la mode, pour faire comme les autres, pour ne pas avoir l’air d’être des arriérés.  (...)

D’accord. Je suis déterministe. Je sais que les individus sont le produit du milieu dans lequel ils vivent et par lequel ils sont façonnés. C’est pour cela que je n’ai pas de haine contre eux. Du dégoût, oui. De la haine, non. Car ce n’est pas leur faute s’ils sont ridicules, égoïstes, jaloux et cruels.
La vipère non plus n’est pas responsable. Ce n’est pas sa faute si elle est née vipère et si elle possède un mortel venin. On l’écrase quand même, la vipère...
Tout le texte, et surtout la dernière phrase, donne la chair de poule.
Darwinisme social, élitisme, mépris des individus : voilà l'essence du totalitarisme et du fascisme. Il suffit de (re)lire Annah Harendt ou Zeev Sternhell.


" Quelques-uns des discoureurs de l'opinion adverse me forcèrent à quitter le chantier, sous peine de dégringoler d'un échafaudage. Seul, ne pouvant envisager aucune résistance, j'optai pour la première alternative et je partis, plus riche d'une expérience. Je m'en allai plein de dégoût, mais si empoigné qu'il m'aurait été désormais tout à fait impossible de tourner le dos à cette situation (...)

Alors je me demandai en moi-même : Sont-ce donc là des hommes dignes d'appartenir à un grand peuple ? Angoissante question : car si c'est oui, un tel peuple justifie t-il les peines et les sacrifices qu'exige des meilleurs la lutte qu'ils devront livrer ? Et si c'est non, notre peuple est vraiment bien pauvre en hommes. En ces jours d'inquiétude, d'anxiété et de méditation profonde, je voyais grossir l'armée menaçante de ceux qui étaient perdus pour leur peuple (...)

Qu'un homme se lève, renseigné à fond sur la détresse de son peuple, et que, sachant parfaitement de quoi il souffre, il essaie sérieusement de le soulager : dès qu'il aura fixé le but à atteindre et choisi la voie qui peut y conduire, aussitôt des esprits étroits et même très étroits surveilleront attentivement et passionnément les agissements de cet homme, qui aura attiré sur lui les regards du public. Je comparerai ces gens-là aux moineaux qui ont l'air de se désintéresser de tout, mais observent, au contraire, longuement et avec la plus grande attention le compagnon plus heureux qui a trouvé un petit morceau de pain : et ils l'en dépouillent tout à coup, au moment où il s'y attend le moins (...).

Nos hommes d'Etat de pacotille font, en comparaison, figure de pitoyables nains, et quel dégoût vous saisit à la gorge quand ces zéros se permettent l'inconvenance de critiquer un homme qui leur est mille fois supérieur ! "
(Adolf Hitler, Mein kampf, 1926)

Le racisme :

              Voltaire avait fait du polygénisme  un argument contre le monogénisme biblique, c'est-à-dire contre la croyance que toute l'humanité descendait d'une couple unique primordial. Le polygénisme est l'idée que les races humaines n'ont rien à voir entre elles. Ceci aboutit chez Voltaire à un racisme fondé sur la Raison.
         Cette idée, dans le contexte colonial de la Troisième République, avait non seulement un intérêt intellectuel, mais aussi un intérêt politique au service de l'expansion coloniale. Les libres penseurs Victor Hugo et Jules Ferry représentent ce racisme utilitaire.

          Les écrits militants de la Libre Pensée ne sont pas en retrait par rapport à ce racisme laïque. Entre l'élitisme nazi de la "race des seigneurs" et celui de ces libres penseurs, il n'y a pas vraiment de différence.

Gaétan Delaunay, en 1880, lie anticléricalisme et racisme :



Les religieux sont  "moins verticaux que les laïques" ; "leur direction un peu oblique rappelle celle des Hottentots".



"Ils marchent les genous fléchis et ont très peu de mollets, ce qui les rapproche des nègres".


"Leur lèvre inférieure (...) avance comme chez les nègres prognathes, l’arcade dentaire étroite comme chez les idiots (...) et l’espace interorbitaire est petit, signe d’infériorité qui prouve l’étroitesse du cerveau (...)"


Extrait de Histoire naturelle du dévôt, Dr Gaétan Delaunay, Paris Strauss, 1880 
Taxil2
Extrait de "La bible amusante" de Léo Taxil

C'est encore Lorulot qui sera le plus explicite :

"Et Jésus était aussi barbare, aussi rétrograde, aussi magicien que son entourage incrédule, ignare et superstitieux.
Les Juifs de son temps étaient détenteurs d'une mentalité exactement semblable à celle des Arabes et des Nègres d'aujourd'hui."
La Vie comique de Jésus. André Lorulot. Ed. L'idée Libre 1934

Chez les nazis, racisme et eugénisme sont liés. Chez les libres penseurs aussi.

Il faut enseigner aux hommes qu’ils n’ont pas le droit de créer plus d’enfants qu’ils ne peuvent en élever raisonnablement. Il faut leur dire que c’est un crime que d’imposer la vie à de futurs malheureux — ou à des malades, à des souffreteux. Les lois de la sélection humaine consciente doivent être étudiées et répandues (...).

L'église et la guerre. André Lorulot (1932)


... En favorisant consciemment et systématiquement la fécondité des éléments les plus robustes de notre peuple. on obtiendra une race dont le rôle sera, du moins tout d'abord, d'éliminer les germes de la décadence physique et, par suite, morale, dont nous souffrons aujourd'hui.
Car, lorsqu'un peuple et un Etat se seront engagés dans cette voie, on se préoccupera tout naturellement de développer la valeur de ce qui constitue la moelle la plus précieuse de la race et d'augmenter sa fécondité pour qu'enfin toute la nation participe à ce bien suprême : une race obtenue selon les règles de l'eugénisme.
(Adolf Hitler, Mein kampf, 1926)

L'antiféminisme :

           Lorulot est ce qu'on pourrait appeler un militant de l'antiféminisme. Il a écrit plusieurs brochures sur l'infériorité des femmes.
Les éditions de l’idée libre ont publié en 1923 le compte rendu de la conférence prononcée par André Lorulot à "Conflans-Honorine" le 12 février 1921 et intitulée Notre ennemie : la femme. Tout un programme.

          Voici quelques extraits du Catéchisme du parfait mouton, de notre  théoricien de la Libre Pensée . On y trouve les raisons qui, à partir de la différence entre l'homme et la femme, en déduisent que cette dernière n'est pas douée pour penser librement.

- Les femmes sont-elles favorables à l’esprit moutonnier ?
- Elles l’assimilent et l’observent mieux que les hommes. Les qualités qui caractérisent le parfait Mouton se développent chez la femme d’une façon extraordinaire.
A quoi tient cette supériorité « moutonnière » de la femme ?
A son tempérament. Etant plus faible que l’homme, elle craint davantage l’Autorité. Elle aime à être dirigée et dominée. Certaines femmes poussent très loin l’amour…de la cravache. Les mauvais traitements imposés par leur Maître semblent leur procurer parfois une véritable jouissance. Aussi les femmes sont-elles bien éloignées, à part quelques exceptions, de vouloir s’émanciper.

(...) La Femme est misonéiste ; elle a horreur du changement. Elle ne croit pas au progrès.

(...) La mentalité féminine ressemble beaucoup à celle de l’enfant. Elle subit le prestige de l’uniforme, de beaux képis, des galons et des décorations. Voilà ce qui la subjugue. Elle aime le brillant officier comme elle aime le boxeur, le chanteur langoureux, le toréador, l’aviateur, ou le souteneur à face bestiale, tandis qu’elle dédaigne ou méprise le penseur, le savant ou le philosophe. Il lui faut du panache et du biceps, deux choses qui s’accordent parfaitement avec le vide du cerveau.

 (...) la Femme est avant tout dominée par le désir de paraître ; elle vit pour la galerie. N’ayant guère de vie intérieure, sa préoccupation essentielle consiste à briller, à être admirée. Elle tient compte, avant tout, de l’opinion des autres, et c’est cela qui caractérise le parfait Mouton.

- Le sexe masculin ne se laisse-t-il pas, lui aussi, gouverner par la Mode ?
- Assurément, mais à un moindre degré. Pour la Femme, le souci de ses vêtements, de ses chapeaux, manteaux, chaussures, bijoux, fourrures et falbalas variés, absorbe au moins les trois-quarts de son activité. (...)

Extrait du Catéchisme du parfait mouton. André Lorulot. Ed L’idée Libre, Herblay

NB : A propos de femmes, les conférenciers de la Libre Pensée ne s'embêtaient pas. Sébastien Faure, lors de ses tournées, était logé par un militant local. Au nom de l'ouverture d'esprit propre à tout libre penseur, il exigeait de celui-ci de coucher avec la femme ou la fille de la maison.

"De même que la femme est peu touchée par des raisonnements abstraits, qu'elle éprouve une indéfinissable aspiration sentimentale pour une attitude entière et qu'elle se soumet au fort tandis qu'elle domine le faible, la masse préfère le maître au suppliant, et se sent plus rassurée par une doctrine qui n'en admet aucune autre près d'elle, que par une libérale tolérance. La tolérance lui donne un sentiment d'abandon ; elle n'en a que faire. Qu'on exerce sur elle un impudent terrorisme intellectuel, qu'on dispose de sa liberté humaine : cela lui échappe complètement, et elle ne pressent rien de toute l'erreur de la doctrine. Elle ne voit que les manifestations extérieures voulues d'une force déterminée et d'une brutalité auxquelles elle se soumet toujours."
(Adolf Hitler, Mein Kampf, 1926)


L'antisémitisme libre-penseur, aux sources du nazisme français :

Le baiser de Judas
Image de "Vie de Jesus" de Lorulot Affiche de l'exposition Le Juif en France 1941
Deux  caricatures du Juif dans "La vie comique de Jésus" de Lorulot en 1934... et en 1941, dans une exposition nazie.
Des ressemblances évidentes.
" Marie s'était assise au pied de Jésus, contemplant ses yeux bleus, sa barbe et son nez en quart de brie"
André Lorulot. La vie Comique de Jésus. Ed L'idée libre 1934. p170


        L'antisémitisme libre-penseur trouve sa source dans Voltaire (voir Le racisme des Lumières). La logique voltairienne déduit l'abjection du christiannisme de l'abjection du Nouveau Testament, et celle-ci de l'abjection du judaïsme. Ce raisonnement déductif camoufle sans doute une induction qui fait remonter la passion anticléricale vers la haine du judaïsme.

       Anatole Leroy-Beaulieu, dans Les doctrines de la haine (1902), démontre la proximité de la paranoïa antisémite et de l'anticléricalisme :

L'anticlérical raisonne tout comme l'antisémite ; il voit lui aussi, partout, des influences occultes et des moteurs secrets. La différence est que l'un attribue tout au génie corrupteur d'Israël, tandis que l'autre rejette tout sur l'esprit d'intrigue et de domination de Loyola. (...) C'est que l'antijuif et l'antijésuite sont deux visionnaires, également atteint d'une monomanie soupçonneuse, analogue à la folie des persécutions, qui leur fait voir partout un ennemi secret et omnipotent.


        Gustave Frison publie de 1878 à 1885 un hebdomadaire satirique et anticlérical, Le Monde Plaisant. L'antisémitisme se cache sous la rigolade épaisse. Dans La vie de Jésus raconté par un matelot,  les pharisiens sont des "synagoguenauds". Le Christ est identifiable, en tant que juif, par son "blaire".

        Anatole France, libre penseur
à la fois subtil et acharné, associe anticléricalisme et antisémitisme dans son roman  L'orme du mail, paru en 1897 (Voir Anatole France). Ici, la charge est plus précise contre le juif cynique, intrigant, aimant l'argent, lié à la franc-maçonnerie. Le prêtre est pervers, trafiquant, stupide, laid.

        Lorulot, en 1911, dans sa brochure Fusilleurs et fusillés, rejoint l'antisémitisme d'extrême-gauche à propos de l'affaire Dreyfus.

Il n’est pas superflu en nous reportant dix ans en arrière de nous rappeler l’attitude et les paroles de certaines fractions très avancées des partis politiques de l’époque. Avec quelles tirades enflammées, avec quels programmes chambardeurs n’est-on pas parvenu à embrigader la masse ouvrière et à la pousser en avant ; pour sortir du bagne un grand capitaine, juif et millionnaire (...).
(Fusilleurs et fusillés, 1911)

             Au cours des années 1930, André Lorulot publie la Bible comique illustrée, puis la Vie de Jésus illustrée.
           Les deux livres sont clairement antisémites. A une époque où l'antisémitisme allemand virait à l'attentat contre l'humanité, la Libre-Pensée contribuait en France à la diffusion de ces idées criminelles.

      Dans La Bible comique illustrée on trouve, outre la répétition du mot "Youpins" pour désigner les Juifs, les citations suivantes :

Après avoir interprété le rêve de Pharaon, Joseph, "en bon juif", se rend compte qu'il a "un filon à exploiter".

Les enfants d'Israël sont un peuple de lâches, "toujours disposés, pour avoir la vie sauve, à livrer leurs épouses ou leurs fillettes à la prostitution des rois ou au sadisme échevelé des foules ivres de sang et d'ordure"

         
        Voici quelques extraits de La vie de Jésus illustrée, parue en 1934.

Les Juifs sont esclaves de l'argent : " Luc n'était pas d'accord avec Matthieu sur ce point. Il ne parle pas des mages et les remplace par des bergers, ce qui est beauoup moins reluisant. (...)
Mais les bergers ne firent aucun cadeau (Luc était moins bon juif que Matthieu)."  (p41)

Les juifs sont fous : Il devrait pourtant y avoir dans un peuple aussi... émotif que le peuple d'Israël, autre chose que des névropathes ? (p 55)

Les juifs sont xénophobes : "N'allez point vers les Gentils (c'est-à-dire les étrangers) et n'entrez point dans les villes des Samaritains (et lui même y entrait) mais allez plutôt aux brebis perdues d'Israël" (Mat., X 5-6).
Ici se reconnait l'esprit juif, que Jésus combat en d'autres circonstances -il se contredisait lui-même avec une inconséquence et une facilité extraordinaire- à moins que ce ne soient les Évangélistes qui aient fabriqué leurs récits avec des morceaux disparates et d'origines différentes. (p 93)

Les juifs sont sales : "Les vieux Juifs s'arrachaient les cheveux à la poignée, sans pitié pour les innombrables bestioles dont ils menaçaient ainsi la sécurité". (p 103)
André Lorulot
André Lorulot
(A ne pas confondre avec l'abbé Pierre, malgré la ressemblance)
Les Juifs sont méchants :" Sa fureur ne le cédait en rien à celle des vieux youpins orthodoxes : "Race de vipères, comment pouvez-vous dire de bonnes choses, vous qui êtes méchants ?" (Mat XII, 34) (p 104)

Les juifs sont rapaces :"Et il resta 12 paniers de morceaux de pain dont personne ne voulut, ce qui est peu vraisemblable.
Ces 5 000 Juifs n'auraient pas manqué de remplir leurs poches avec le supplément
" (p 115)

De nouveau la saleté
: "Plusieurs disciples de Jésus avaient mangé sans se laver les mains et les Pharisiens étaient indignés de ce grave manquement à la Loi Juive.
Les Juifs étaient en effet à cheval sur l'hygiène (cela peut surprendre, mais celà est ou plutôt, celà était). (...)
Jésus et ses disciples ne trouvèrent rien de mieux que de faire l'éloge de la saleté. (Nous avons vu plus haut que Jésus faisait l'apologie de la paresse -paresse et saleté vont parfaitement ensemble. (...)
Haine de l'amour, mépris de la chair, respect de la crasse, tels ont été les principaux caractères du catholicisme" (P 119)



Le pacifisme libre penseur
, allié objectif de l'armée allemande :

André Lorulot commença sa carrière politique par le terrorisme anarchiste du début du XXème siècle.
Il se détacha assez rapidement de ses compagnons, pour des raisons peu claires. D'un côté, dans son ouvrage "Chez les loups", Lorulot se présente comme un pacifiste et un légaliste. De l'autre, Victor Serge l'accuse dans ses Mémoires d'avoir été purement et simplement un informateur de police (Source : Facing the ennemy. A history of anarchist organization from Proudhon to may 1968. Alexandre Skirda. AK Press).

Le pacifisme objectivement pro-allemand de Lorulot ne se démentira ni avant , ni pendant
la guerre 39-45.
Plusieurs de ses brochures lieront son anti-cléricalisme et son pacifisme, de façon obsédante. Selon lui, toutes les guerres sont dûes aux religions.

La seule complaisance qu'il aura en faveur de la guerre sera pour l'épopée napoléonienne et pour le génocide vendéen.

Les guerres napoléoniennes ont aliéné à la France les sympathies de l’Europe, c’est un fait. Mais ces guerres n’étaient-elles pas une réaction contre la politique cléricale et monarchique, qui visait à encercler la France révolutionnaire et à abattre brutalement la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen ? Cette déclaration ne fut-elle pas condamnée solennellement par le Pape ? Le même pape ne fut-il pas l’instigateur des guerres de Vendée — et du régime terroriste qui devint par la suite indispensable.
En 1815, lorsque Napoléon succomba, les cléricaux et les royalistes accueillirent à bras ouverts l’envahisseur étranger. L’écrasement de la France voltairienne fut considéré par l’Église comme un triomphe !

L'église et la guerre. André Lorulot (1932)

L'assassinat de Jaurès est selon lui un crime des... catholiques de gauche.

Certains ont insinué que c’était l’Allemagne, tellement son désir était grand de précipiter les choses. Personne ne prend au sérieux une semblable fantaisie.
D’autres accusent Iswolsky, l’agent du tsarisme et cette thèse est, assurément, beaucoup plus plausible que la première.
Mais on n’a pu établir l’existence d’aucun relation entre les milieux russes et l’assassin et Jaurès, le sinistre Villain.

Par contre, au lendemain de l’assassinat, on apprenait que le dit Villain était membre du Sillon de Marc Sangnier. C’est le propre père de Villain qui en fit la confidence à un rédacteur du Matin. Le Sillon n’était pas considéré, en effet, comme une entreprise de violence, mais comme un mouvement démocratique et libéral.
Les apparences évangéliques du Sillon n’empêchaient pas ce groupement d’être dirigé par les Jésuites. Son chef, Marc Sangnier, suivait d’ailleurs les retraites fermées de la Villa Manrèse, à Clamart, où il allait prendre les mots d’ordre des Révérends Pères. (On peut d’ailleurs observer que les Jésuites contrôlent d’une façon toute spéciale le mouvement catholique « de gauche ». Ainsi les Jeunesses Ouvrières Chrétiennes, les Syndicats catholiques, les Semaines sociales, etc., etc., sont dirigés par eux.)

L'église et la guerre. André Lorulot (1932)


"Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu" (Quelle erreur ! Ils seront appelés bolchevicks, vendus à l'Allemagne et défaitistes ... par les cléricaux)

La vie comique de Jésus. André Lorulot (1934)



Le pacifisme libre penseur se concrétisera avant l'invasion allemande par un appel à la négociation avec le nazisme, et ensuite par un refus de la Résistance. Lorulot place sa confiance en Pierre Laval, futur champion de la Collaboration.

À la tête de l’armée française, les Jésuites ont placé le général Weygand (« il est enfoncé dans les curés jusqu’au cou », disait Clémenceau). Or ce général-capucin, tout récemment encore, a prononcé un discours des plus chauvins, rempli de méfiance à l’égard de l’Allemagne, à l’heure même où MM Laval et Briand allaient négocier à Berlin.

L'église et la guerre. André Lorulot (1932)

D'autres libres-penseurs, soudainement et mystérieusement en possession de suffisamment d'argent, éditeront à cent mille exemplaires et diffuseront en septembre 1939 le tract "Paix immédiate", qui est un appel à ne pas résister.

TEXTE COMPLET DU TRACT "PAIX IMMEDIATE"

Malgré tout l'effort des pacifistes sincères, le sang coule. Déjà presque toute l'Europe est dans la guerre. Le monde entier va sombrer dans le sang des hommes.
Tous le savent, tous le sentent.
La tristesse infinie des mobilisés eux-mêmes et la douleur pathétique de leurs proches en sont la preuve.
Pas de fleurs aux fusils, pas de chants héroïques, pas de bravos au départ des militaires et l'on nous assure qu'il en est ainsi chez tous les belligérants. La guerre est donc condamnée dès le premier jour par la plupart des participants de l'avant et de l'arrière.
Alors faisons vite la paix.
N'attendons pas qu'elle nous soit offerte par les fauteurs de guerre.
Le prix de la paix ne sera jamais aussi ruineux que le prix de la guerre. Car on ne construit rien avec la mort. On peut tout espérer de la vie.
Que les armées, laissant la parole à la raison, déposent les armes !
Que le coeur humain trouve son compte dans une fin très rapide de la guerre.
Réclamons la paix ! Exigeons la paix !

Signataires : Alain, Victor Margueritte, Germaine Decaris, Félicien Challaye, Vigne, Georges Dumoulin, Georges Pioch, Lucien Jacques, Thyde Monnier, Giroux, Lecoin, Charlotte Bonnin, Yvonne et Roger Hagnauer, Vives, Marie Langlois, Robert Tourly, René Gérin, Maurice Wullens, Henri Poulaille, Marceau Pivert, Zoretti, Georges Yvetot, Jeanne et Michel Alexandre, Robert Louzon, Hélène leguerre, Léon Emery, Henri Jeanson, Jean Giono.

4 - Libre pensée et nazisme

Au début de la guerre, le gouvernement Pétain ordonna à la Libre Pensée de cesser toute activité. Tout en jouant les rebelles, elle obéit. Il n'existe aucun document prouvant l'existence d'une Libre-Pensée clandestine.

En 1940, la priorité d'André Lorulot, le principal animateur de la LP, n'est pas la résistance aux nazis, mais bel et bien la négociation avec eux pour faire reparaître son journal, l'Idée Libre. Il entre en pourparlers, sans état d'âme, avec les Kommandantur de Versailles et de Paris.
Dans ses lettres à Jean Bossu, il se plaint du refus de ses manuscrits par la censure alors qu'ils sont "tout à fait anodins". En tout cas, il faut en déduire qu'ils ne sont pas antinazis.
Fin 1943, il se plaint d'être déchu de sa qualité de libraire. "On veut favoriser les gros en éliminant les petits". L'ennemi n'est pas le nazisme, mais la concurrence déloyale.
En 1945, il se plaint encore du manque de papier pour son activité d'imprimeur. Cette fois-ci, la faute n'est pas dûe aux nazis, mais c'est pire : "Vous avouerez que nos Jésuites vont fort, plus fort même que les Allemands ! C'était pas la peine de faire tant de bluff après la Libération..." (lettre du 24 mars 1945 à Jean Bossu).

Des orateurs connus de la Libre Pensée, comme l'ex-abbé Jules Claraz, ou Sébastien Faure (qui mourra en 1942), prennent le chemin de la Collaboration avec les nazis. Des libres penseurs célèbres comme Alexandre Zevaès et bien d'autres (voir Bête immonde et Roparz) feront eux aussi le choix allemand.

Simon Epstein, auteur de l'essai Les dreyfusards sous l'occupation analyse le cas de Victor Margueritte, libre penseur et signataire du tract Paix immédiate :
"Des gens comme Victor Margueritte préfèrent la paix, dans leur échelle de valeur, à leur compassion pour les Juifs. Ils pensent que ceux qui protestent contre les persécutions en Allemagne veulent déclencher une nouvelle guerre. Ils assimilent l'antiracisme à un acte d'hostilité à l'égard d'une Allemagne qu'ils jugent, somme toute, pacifique et champêtre."

Dans son ensemble, la Libre Pensée a approuvé en 1939 la stratégie de non-résistance de Louis Lecoin. Le tract Paix immédiate est signé par le philosophe Alain, Marcel Déat (futur chef de la collaboration), Félicien Challaye et Jean Giono (dénoncés comme collaborateurs par le CNE après la guerre), Marcel Yvetot (vieux libre-penseur, un des fondateurs de la CGT). Les communistes, qui soutiennent à l'époque le pacte germano-soviétique, poursuivent une stratégie très voisine. Les signataires de "Paix immédiate" qui se dédisent (comme Déat) furent traités de dégonflés par les communistes.

Tout ceci n'empêche pas les libres-penseurs d'être en 1944 parmi les épurateurs les plus féroces. Sans avoir jamais résisté eux-mêmes à titre collectif, ils dénoncent dans le numéro 1 du journal La Libre Pensée (avril 1945) les... résistants catholiques. Ceux-ci, qui ont payé lourdement le prix du sang depuis d'Estienne d'Orves, sont accusés de protéger le clergé. La Libre Pensée, qui se considère désormais comme résistante, conclut que le clergé était forcément et unanimement collaborationniste.

Résumons. Avant la guerre, la Libre Pensée a exprimé ses penchants antisémites, racistes, antiféministes. Pendant la guerre 39-45, elle a largement démontré qu'elle était compatible avec le nazisme.
Après la guerre, elle veut soumettre les autres à un devoir de mémoire, pour éviter de s'y soumettre elle-même.
Soyons réalistes ; il ne faut pas demander la grandeur de l'âme à ceux qui en nient l'existence.


5- La phase finale : État laïque, État total  

           Dans sa phase première, la Libre Pensée considérait le pouvoir d’État comme un moyen d’atteindre ses objectifs. Elle conservait néanmoins une distance et même une hostilité envers le militarisme et le patriotisme. Dans la phase actuelle, qui est sans doute la phase terminale, le pouvoir d’État est devenu pour les libres penseurs un idéal en soi. Même en conservant leur vieille phraséologie idéaliste ("Ni Dieu ni Maître !" ; "A bas la calotte et vive la sociale !"), chacun sait qu'ils se recrutent dans la petite bourgeoisie voltairienne et les professions protégées. Quand ils psalmodient "République", "Service public" ou "Démocratie française", c'est leur patron, l'État bureaucratique, qu'ils célèbrent.

La création culturelle, l'initiative économique, la démocratie ne mobilisent que ceux qui y croient.
A force de rejeter toutes les croyances, le monstre froid du pouvoir central est devenu leur seule réalité.

Illustrations :

Indivisible

"Non aux transferts de compétences" : L'énarque parisien est-il le réceptacle de la compétence et le garant de l'unité française ?
       Manifestation nationale        
Le samedi 11 décembre 1999 à 16H
De la Nation à la République
Pour la défense de l’unité et de l’indivisibilité de la République
 de la démocratie et de la laïcité


A l’initiative de la Fédération Nationale de la Libre Pensée, réunie en congrès national à saint-Jean-de-Moirans du 26 au 28 août 1999, les militants, les laïques, les républicains, les démocrates et les associations soussignés décident de s’adresser aux citoyens de ce pays.

L’unité de la République est menacée

Le 7 mai 1999, le gouvernement a signé la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, élaborée par le Conseil de l’Europe qui, dans la droite ligne des diverses institutions européennes, entend promouvoir une Europe des régions remettant ainsi en cause la souveraineté des Etats-nations. (...)
Cette Charte s’inspire d’un modèle de société contraire à l’unité de la République.(...). De plus en plus de pouvoirs et de décisions sont transférés aux régions et à leur superstructure : l’Union européenne. (...)
En 1958, à l’appel notamment de la Libre Pensée, de nombreux citoyens ont voté contre [la] Constitution, la considérant comme antidémocratique. Une majorité a voté pour. Aujourd’hui, nous dénonçons ces projets de révision qui inscrivent officiellement la Charte européenne comme un instrument contre l’unité de la République et de la Nation. (...)


"Allocution" France Culture Janvier 2003                                                           (Texte complet )

La Régionalisation

Amis auditeurs, amis de la Libre Pensée, bonjour. Au micro ce matin Roger Lepeix, du Bureau Exécutif de la Libre Pensée. (...)
Comme le Premier Ministre vient de le rappeler, il s’agit bien de transférer à d’autres, aux Régions en premier lieu, mais pas seulement, des prérogatives qui relèvent actuellement de l’Etat. Ce n’est pas l’État qui se décentralise, c’est-à-dire qui envoie ses services dans les départements, mais c’est l’État qui se disloque, c’est la République, ou ce qu’il en reste, qu’on fait éclater et dont on disperse les dépouilles aux quatre coins de l’hexagone.

Cette destruction de la République (...) n’est pas compatible avec la Constitution telle qu’elle est aujourd’hui. Certes cette Constitution n’est pas parfaite, loin de là, mais des acquis républicains y sont encore inclus, qui ont résisté aux gouvernements successifs. Seule une modification de la Constitution peut permettre l’éclatement de la République (...).
La Libre Pensée espère avec ces quelques réflexions avoir au moins contribué à définir les enjeux, et à proposer des axes de résistance. Déjà cette résistance s’organise. Par exemple, un appel de personnalités vient d’être publié, pour s’opposer à la révision de la Constitution, et défendre la République Une et Indivisible
Nous espérons que (...) la civilisation ne connaîtra pas le recul historique qu’on lui promet avec cette soi-disant décentralisation. (...)

La Libre Pensée pourrait dire exactement la même chose, de façon plus simple :
"Tout dans l'État, rien hors de l'État, rien  contre l'État"
(Mussolini. 1925)


Repères historiques :

Jules Simon est le père fondateur de la Libre-Pensée française.
Voici son portrait, qui éclaire l'esprit libre-penseur d'aujourd'hui...


Simon Jules (Lorient 1814 - Paris 1896). Agrégé de philosophie, il suppléa Victor Cousin à la Sorbonne (1839). Il fut élu député en 1848 et refusa, en 1852, de prêter serment à Napoléon III. Son opposition fut toutefois toujours modérée, comme son caractère, mais celà lui permit d'avoir l'air d'être un républicain fidèle, alors qu'il n'était qu'un bourgeois prudent. Il fut l'un des trois Jules du Gouvernement de la Défense Nationale et sut, aussi bien que les autres, trahir patriotiquement le peuple de Paris. Thiers le garda comme ministre de l'Instruction publique et n'eut qu'à se féliciter de son ardeur à réprimer toute vélléité d'approbation de la Commune dans le corps enseignant. L'Assemblée Nationale fut moins reconnaissante : les cléricaux y suscitèrent une opposition qui l'obligea à démissionner, en mai 1873. Il fut par la suite président du Conseil de décembre 1876 à mai 1877 ; cette fois ce fut Mac-Mahon qui le renversa en lui envoyant publiquement une lettre insolente, qui entraîna sa démission. Ainsi put-il conserver sa réputation de bon républicain, et sa mine, si bien décrite par Vallès : "Patouillard, félin, avec des gestes de prêtre, les roulement d'yeux d'une sainte Thérèse hystérique, de l'huile sur la langue et sur la peau..."
(Bernard NOËL, Dictionnaire de la Commune Tome 2,  Ed Flammarion Paris 1978, p 237)

Histoire chronologique de la Libre Pensée :

1848 : Apparition des premières associations de libres penseurs en France. Le chef de file en est Jules Simon (en 1886, celui-ci sera président d’honneur de la Ligue nationale contre l’athéisme...).
1862 : Création du groupe Agis comme tu penses, Association internationale de libres penseurs.
1866 : Création du Comité des libres penseurs pour les enterrements civils.
1866 : Création du journal La Libre Pensée. Les collaborateurs de ce journal sont anti-religieux et matérialistes. Très influencés par Darwin, ils introduisent dans la gauche française les thèses déterministes et racistes, glorifiant les Aryens comme race supérieure. Voir Gellion-Danglar, Flourens, Regnard, Tridon.
1869 : Création de la Société civile des familles affranchies. La société, outre la solidarité entre ses membres, se donne pour but « de rendre les derniers devoirs à chacun de ses membres, vivant et s’engageant à mourir hors des religions reconnues ».
1870 : Dans le journal de Blanqui La patrie en danger, Henry Verlet (dit Henri Place) propose la création d’une grande Association de libres penseurs. L’objectif n’est pas de rompre les monopoles du clergé, mais de le remplacer. Dans l’article 2 de son statut, Verley propose : « Elle réclame l’instruction (...) exclusivement laïque et matérialiste ».  Un hebdomadaire intitulé La Libre Pensée paraît alors.
Fin des années 70 : Des sociétés de Libre Pensée se créent un peu partout.
1879 : Création d’une association nationale de libre pensée, la Société pour la propagation de la foi civile. Cette association, avec son langage d’Opus Dei républicain, conserve néanmoins un objectif pluraliste et s’adresse à ceux qui « entendent soustraire leurs dépouilles à la prise de possession du clergé ».
Cette société est cannibalisée par la Fédération de la Libre Pensée parisienne, plus attirée par la dictature que par le pluralisme. Selon Jacqueline Lalouette, ceux-ci « étaient, eux, non seulement athées et matérialistes, mais entendaient encore que tout le monde le fut ».
1880 : Création de l’Union démocratique de propagande anti-cléricale, création de la Franc-maçonnerie, présidée par Victor Schoelcher, anti-esclavagiste et colonialiste. Voir Abolition du travail forcé.
1881 : Création de la Ligue anti-cléricale de Léo Taxil.
1890 : Création de la Fédération française de la Libre Pensée.
1907 : Création de l’Union des libres penseurs et des libres croyants, à laquelle adhère Ferdinand Buisson.
1912-1913 : Constitution de l’Union fédérative de la Libre Pensée de France et des colonies.
Sous la direction d’André Berthelot, fils de Marcelin Berthelot, en réaction contre l’Union fédérative, appel aux libres penseurs à se grouper en « cercles civiques ».
1914-1918 : Les libres penseurs se fondent dans l’union sacrée. La France d’abord ! Mais ils ne retrouveront plus leur lustre d’avant-guerre, dans une France qui s’est battue avec Jeanne d’Arc pour symbole et le Sacré Coeur pour emblème. L’Union fédérative, qui comptait 12 000 membres en 1914, n’en compte plus que 2 500 en 1920.
1921 : Création d’une organisation dissidente, la Fédération nationale de Libre Pensée et d’action sociale, qui entend combattre « tous les dogmes religieux ou patriotiques ».
1924 : Réunification, sous le titre de Fédération nationale des libres penseurs de France et des colonies.
La même année, les communistes créent l’Union fédérale des libres penseurs révolutionnaires de France qui deviendra, en 1932, l’Association des Travailleurs sans Dieu. Aragon était membre du bureau.
1940 : André Lorulot entame des contacts et persiste dans des pourparlers avec la Kommandantur de Versailles, puis de Paris, pour faire reparaître le journal de la Libre Pensée, L’idée Libre.
1945 : Parution du journal la Libre Pensée 
1948 : La Libre Pensée publie la liste de tous les préfets et élus qui assistent à des cérémonies religieuses. Libre penseur, épurateur, délateur, tout ça c'est un peu la même chose.
1962 : La Libre Pensée se prononce pour le Non au référendum sur l’élection du Président de la République au suffrage universel. La démocratie laïque est à la démocratie ce que la Libre Pensée est à la liberté de penser.
1963 : En Mars, mort d’André Lorulot, Président de la Libre Pensée.
1977 : En Septembre, disparaît Jean Rostand, Président d’Honneur de la Libre Pensée. La Fédération Nationale proteste contre la récupération par l’Eglise du vieux libre penseur.
1995 : Création de l'Association des Libres-penseurs de France, "Association loi 1901 déclarée à la Préfecture de PARIS  créée après la prise de pouvoir des trotskistes lambertistes à la Fédération nationale de la Libre Pensée. Elle a pour but de rassembler tous les camarades de France qui dégoûtés des positions politiques de la Fédération nationale l'ont quittée et ont abandonné leur militantisme libre penseur. L'ADLPF est membre de l'Union Mondiale des Libres Penseurs." (voir site )


Aujourd'hui, la Libre Pensée se prend pour la police culturelle de Gambetta.
Il faudrait les prévenir que le grand homme a eu un grave accident en 1882 et qu'il n'a pas survécu.

Voir aussi : Libre-Pensée : le bonus

Bibliographie partielle :     La libre pensée en France 1848-1940. Jacqueline Lalouette.
Ed Albin Michel 2001
                                      L'imaginaire du complot mondial . Pierre-André Taguieff. Ed 1001 Nuits 2006
                                      La gauche réactionnaire. Marc Crapez. Ed berg 1997
                                      Les ouvrages de Lorulot (certains sont téléchargeables sur internet)
                                      La Bible amusante de Léo Taxil
                                      Pour la légende dorée de la Libre Pensée, voir les sites libres penseurs...



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Contreculture/LibrePensée version 1.4