Libre-Pensée, un bonus

Libre-pensée

  "Je peux résister à tout, sauf à la tentation" disait Oscar Wilde...

  L'éditorial de mars 2008 du site de la libre-pensée m'a tellement plu que je ne résiste pas au plaisir de le diffuser. Je me suis seulement permis quelques annotations en marge. J'ai aussi surligné en rouge les passages qui m'ont le plus excité. Ceci pour éclairer le lecteur, vous comprenez.

Pour voir le texte complet dans son état original , cliquez ICI 

samedi 1er mars 2008

Obscurantisme…

par Roger Lepeix - secrétaire administratif -
Roger_Lepeix
(…) On peut dire que l’histoire de la France a été marquée par l’influence chrétienne et en particulier par les massacres, bûchers, anathèmes, etc… qui ont duré jusqu’au XVIIIème siècle (Chevalier de la Barre, Calas, etc..). Mais on ne peut pas dire que la République Française, issue de la Révolution Française, a des racines chrétiennes. Il s’agit donc d’un avatar de la campagne pour gommer la Révolution Française et ses acquis. Cette campagne prend de multiples aspects, depuis la régionalisation (contre la République Une et Indivisible) jusqu’à la suppression des mots « République Française » sur les timbres !

On retrouve ici le même type de confusion volontaire que celle entre Europe et Union Européenne. Là aussi, l’Europe comme continent a été marquée par une histoire compliquée, dans laquelle l’Eglise catholique a laissé une trace sanglante, mais où les Lumières ont donné une impulsion déterminante à la sécularisation maintenant généralisée. Ce n’est pas le cas de l’Union Européenne, structure politique récente créée par le Vatican et les marchés financiers, dans laquelle les « racines chrétiennes » sont déterminantes et incontournables.
On a tout dit ici ou là sur l’infamie du discours du Latran, donnant les curés comme modèles aux instituteurs comme au bon vieux temps de la loi Falloux. Notons tout de même quelques points moins mis en avant dans la grande presse :
 « ..la religion catholique qui est notre religion majoritaire » : c’est illégal et doublement faux. D’abord il est interdit de faire de tels comptages. Ensuite tout le monde sait que les églises sont vides, et que d’après la définition de l’Eglise catholique elle-même n’est catholique que celui qui croit à tous les dogmes, ce qui réduit la soi-disant « majorité » à presque rien.
« Les facilités de consommation de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens.. ». Il semble que Sarkozy parle ici pour lui, et ne mette pas souvent le nez dans la rue…
 « Ce n’est qu’en 2002 qu’elle (la France) a accepté le principe d’un dialogue institutionnel régulier avec l’Eglise catholique ». Nous avions dénoncé cette décision de Lionel Jospin, continuée bien sûr par tous les Premiers Ministres qui ont suivi.
(…) Le combat de la Libre Pensée ne se réduit pas à la défense de la laïcité. Elle inclut la bataille intransigeante contre tous les obscurantismes, religieux et autres. Un moment fort en sera la généralisation des banquets du « Vendredi-dit-Saint », qui cette année sera le 21 Mars. Partout en France nous dénoncerons et nous combattrons les interdits religieux, qui symbolisent l’alliance de fait du trône et de l’autel dans la volonté d’appliquer les plans de régression sociale. L’Union Européenne est là encore en première ligne pour imposer ce que ses mercenaires appellent « les réformes indispensables ». (…)



"Une campagne pour gommer la révolution française". Il existe donc un complot diabolique, qui s’en prend aux timbres-postes ! l’angoisse !

"Une et indivisible" : Ces épithètes, quel que soit l'objet auquel on les accole, que ce soit une divinité ou une république, sont des barrières à la liberté de penser.


L'Europe, émanation du Vatican : C’est exactement la position du révérend Ian Paisley, extrémiste protestant d’Irlande du Nord, qui considérait dès 1986 la Communauté Européenne comme un « complot papiste » et « la femme de l’antéchrist » ; Voir le site www.ianpaisley.org et plus particulièrement  l'article de son site


"Il est interdit de faire de tels comptages"...  Mettre en doute les interdits est une condition de la liberté de pensée. C'est aussi la première des quatre étapes de la démarche cartésienne. Mais les libres-penseurs français n'en sont pas là.
Il ne leur vient pas non plus à l'idée que, sans la liberté d’investigation, il n’existe pas de liberté de penser.



Généraliser les banquets gras du vendredi ! Voilà une bonne nouvelle pour les éleveurs de porcs bretons.
Les plus optimistes y verront une transgression bienvenue de nos pesantes normes diététiques.
Cela dit, rares sont ceux qui, aujourd’hui, ont une culture religieuse suffisante pour y voir une transgression de vieux interdits catholiques.
Le clergé ayant, soit disparu, soit changé de langage, il ne reste que les libre-penseurs pour entretenir le pieux souvenir.

Oser l'avouer ...

Qu'est-ce donc qui m'attire tant dans la Libre-Pensée ? Longtemps, j'ai refusé de me l'avouer. Pour un breton d'origine rurale, c'est délicat... Oui, il faut bien le dire, celà à quelque chose d'intime, de personnel... Le vague souvenir d'une vie antérieure ?
Osons.
Eh bien, ce qui me fascine, c'est ce côté délicieusement provincial. Le monde provincial, on m'en a souvent parlé, mais je ne l'ai jamais connu. Il avait déjà disparu quand je suis né. C'est Balzac et la Troisième république. C'est l'époque où les parvenus de chez nous trouvaient plus gratifiant et plus rémunérateur de fréquenter "M'sieur not' préfet" que "M'sieur not' curé". C'est l'époque où le petit père Combes était le grand pourvoyeur d'avancement pour les fonctionnaires, de clientèle pour les boutiquiers, de finances pour les municipalités obéissantes.

Oui, la libre pensée ressuscite un monde qui me fait rêver. C'est celui des grands orateurs qui galvanisaient les foules. Les foules partaient alors en chantant, elles tuaient et mouraient pour la patrie. On sortait gaillardement de la religion totale pour entrer gaillardement dans la République totale. La supériorité de la race française était une certitude portée par Jules Ferry, Paul Bert, Victor Hugo et l'École Française d'Anthropologie.
La nation française comptait quarante millions de citoyens et cent millions de sujets indigènes. Les instituteurs propageaient l'école laïque et obligatoire, mais l'interdisaient aux colonisés. La langue bretonne, stigmate de l'arriération mentale, était condamnée à mort, étouffée par l'exiguité de sa péninsule.

La communauté des libres penseurs n'a pas résisté aux progrès démocratiques. Pourtant, elle s'en réclamait. Elle voulait en être l'ordonnateur, le grand prêtre, le dispensateur unique. Aujourd'hui, elle est dépassée par le monde réel. Malgré sa prétention à être à l'avant-garde, elle est coupée des nouvelles forces vives. Elle creuse des tranchées, comme en 14. Elle refuse d'avancer vers de nouveaux horizons, de nouvelles pensées, de nouveaux comportements. Elle croit représenter le révolté alors qu'elle ne représente plus que le tétanisé. Ses certitudes sont des prisons plus étanches que l'ignorance ou l'arriération.
Le Breton, le Corse, l'Immigré, sont des incertains. Leurs mémoires et leurs cultures sont insuffisantes. Alors ils se sont mondialisés. Le libre-penseur français est devenu le provincial du XXIème siècle.


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Libre Pensée bonus version 1.1