Pourquoi voter aux présidentielles françaises ?

|
Elire un
président, vraiment ?
Les "citoyens" nous disent et
nous répètent qu’il faut voter. Pour choisir celui qui va nous
gouverner. Le candidat doit présenter un programme, pour que tout le monde sache ce
qu’il va imposer aux Français.
Le premier devoir de
ceux qui y croient serait, logiquement, de lire tous les programmes,
de l’extrême-droite à l’extrême-gauche. Le deuxième devoir
serait de choisir celui qui semble, après lecture, le plus pertinent.
Excluons du jeu ceux
qui ont choisi leur candidat avant de lire les programmes. La lecture
partielle ou totale ne sert dans ce cas qu’à se rassurer.
Les
convaincus cherchent les morceaux de programmes qui justifient leurs
préjugés. Ils trouvent forcément le bien dans le
programme de leur
champion, le mal dans les programmes de ses adversaires. On
conviendra que c’est là un exercice très
répandu, mais inutile.
Ceux qui ont lu cette fois-ci les
11 programmes dans leur intégralité sont peu nombreux, sans doute moins de 1% des
électeurs. Ceux qui les lisent sans être au départ des convaincus
ou des militants sont moins de 1% des premiers.
Alors, à quel jeu
joue l’immense majorité des électeurs ?
|
Elire un
administrateur, un rêveur ou un imprécateur
Les uns votent, non
pas pour un gouvernant, mais pour un administrateur. La
différence
est qu'on ne demande pas à un administrateur un
programme
extraordinaire ou alléchant, mais de faire fonctionner les
institutions et le fameux "état de droit". Les
compétences requises ne
sont pas calculées par une agence de notation, mais
annoncées par le
candidat lui-même. Il peut se prévaloir d’une
expérience gouvernementale,
de diplômes prestigieux, d’une moralité
irréprochable, d’une
jeunesse prometteuse. L’électeur choisit l’argument
qui lui
semble le plus rassurant. L’ENA, malgré sa mauvaise
réputation,
fournit des administrateurs crédibles, partout à la
manœuvre dans la
fonction publique et dans les grandes entreprises.
D’autres votent
pour un rêve : revenu universel, prospérité économique,
effacement de la dette, fin du terrorisme, ordre moral, grandeur de
la France. Bien que les idéologies aient beaucoup vieilli, le rêve
peut être aussi celui d’une pureté idéologique, marxiste, gaulliste, ou que sais-je encore.
Un rêve collectif est puissant, car il donne une identité à ceux
qui en manquent. Mettre un bulletin dans une urne permet de montrer
que l’on existe. Ce bout de papier de mauvaise qualité permet de
s’affirmer. Être de gauche ou même, soyons
fou, "insoumis". Être de droite ou, encore plus
vertueux, gaulliste social.
D’autres encore
votent pour désigner un bouc émissaire. A l’extrême-droite, le
bouc émissaire sera un groupe social ethnique ou religieux.
Musulmans contre tradition judéo-chrétienne. Allogènes contre
Français de souche. A l’extrême-gauche, la malédiction touche des groupes professionnels : les
salauds de patrons, les agriculteurs-tous-pollueurs, le "privé",
la finance. Certaines détestations, comme celle des capitalistes
américains ou des émirs qataris, sont des extrémismes polyvalents.
Ils font le lien entre le rejet ethnique et le rejet social.
De quoi la
Bretagne aurait-elle besoin ?
La Bretagne peut-elle
tirer profit d'un président administrateur, rêveur,
ou imprécateur
? Chaque option présente des avantages et des
inconvénients.
Se donner un
administrateur est le premier réflexe de ceux qui ont pour objectifs la protection sociale
et le confort. C’est la tentation Macron ou Fillon.
Un administrateur clairvoyant pourrait remettre la France sur le
chemin de la prospérité et du plein-emploi, à l’instar de
plusieurs de nos voisins. Une telle prospérité pourrait profiter
aux Bretons.
Adhérer à un rêve
est toujours agréable, tant que la réalité ne
vient pas le
perturber. Ceux qui font rêver les électeurs ne peuvent
pas en prévoir
toutes les conséquences. Ils peuvent
réveiller des désirs d’autonomie locale,
anesthésiés par des années d’administration
centrale. La question des libertés bretonnes, absente
aujourd’hui des discours, pourrait émerger à partir
de promesses de démocratie augmentée.
Si l’on pense que
l’opposition entre groupes sociaux viendra tôt ou tard,
autant la déclencher immédiatement. L’exemple de la
Grèce nous montre que
l’élection trop tardive d’un gouvernement radical ne
produit que
de l’impuissance. L’arrivée au pouvoir de Marine Le
Pen ou de
Jean Luc Mélenchon provoquerait une situation de confusion
généralisée, et probablement de
désobéissance civile. Des
opportunités peuvent alors se présenter. Si les
institutions centrales sont neutralisées par des mouvements
sociaux, les zones les plus périphériques, comme les
départements et collectivités d’Outre-mer, la Corse
ou la
Bretagne, pourraient en profiter.
Vous le voyez,
je n’ai pas de consigne de vote. Peut-être parce que, quel
que
soit le nouveau président français, nous devrons inventer
une
stratégie adaptée au nouveau pouvoir. Comme dans toutes
les confrontations entre le faible et le
fort, ou entre le pauvre et le riche, la Bretagne doit, non pas
surclasser, mais déstabiliser le pouvoir central. Les forces
étant inégales, nous devons agir de façon
asymétrique, comme les Norvégiens avec Michelsen, les Irlandais avec Pearse, les Indiens avec Gandhi, les Slovaques avec Meciar ou les Catalans avec Jordi Pujol.
Pour y parvenir, nous devons être autre chose que des administrateurs du microcosme
breton, des
rêveurs de seconde zone ou des imprécateurs locaux.
JPLM
|