Attentat corse

DÉMONTAGES


Il faut respecter la République et ses bâtiments publics.
Les perceptions, les prisons, les palais de la République sont des objets sacrés.

        Quand un Breton pose une bombe dans le chateau de Versailles, ou qu'un Corse fait sauter un bâtiment public, il est un devoir citoyen de flétrir l'odieux attentat. Et au nom de quoi dénonce-t-on le scandale ? Au nom des valeurs de la République...



        Il faut quand même savoir que la République française s'est construite sur une révolution culturelle, qui a fait de la démolition des marques du passé une grande cause nationale.
      Ces démolitions (1) n'étaient pas le fait d'hystériques, mais le fruit d'une politique consciente et constante de la Première République, officialisée sous forme de décrets.


        Les clandestins insulaires seraient-ils les vrais continuateurs de l'œuvre révolutionnaire ?


Les injonctions des représentants du peuple


Bâtiments publics : Barère, le 10 avril 1790, note dans son rapport sur l'aliénation des domaines de la Couronne :

         " En dehors de Versailles qui doit être conservé, les autres châteaux royaux ne sont plus que des monuments gothiques, dégradés par le temps et dispendieux par suite d'un entretien inutile.
        Les caractères d'inutilité dispendieuse conviennent surtout aux châteaux de Madrid, La Muette, Vincennes.
          Quant à Vincennes, il y a déjà des offres pour l'acquisition. L'odieuse destination que le pouvoir arbitraire avait donnée à cette ancienne demeure de nos rois vous impose le devoir d'en ordonner la vente immédiate et la destruction qui doit en être la suite (...). "


Statues : Décret du 14 août 1792 voté par l'Assemblée législative :

          " L'Assemblée nationale, considérant que les principes sacrés de la Liberté et de l'Égalité ne permettent point de laisser plus longtemps sous les yeux du peuple français les monuments élevés à l'orgueil, aux préjugés et à la tyrannie ;
           Considérant que le bronze de ces monuments, converti en canons, servira utilement à la défense de la Patrie, décrète :
          Article premier : Toutes les statues, bas-reliefs et autres monuments en bronze, élevés sur les places publiques, seront enlevés par les soins des représentants des communes qui veilleront à leur conservation provisoire.
         Article deux : Les représentants de la Commune de Paris feront sans délai convertir en bouches à feu les objets énumérés à l'article premier. "


Portes monumentales : Arrêté de 1792 de la Commune de Paris :

         " Le Conseil général, considérant que, chargé par ses concitoyens d'établir la liberté, un de ses premiers devoirs est de faire disparaître, aux yeux d'un peuple libre, tous les emblèmes qui retracent l'esclavage, tous ces monuments qui insultent encore à la souveraineté nationale, considérant qu'il ne faut laisser aucun espoir à ces individus qui ont encore la démence de croire à la possibilité d'une contre-révolution et au rétablissement des bastilles.

          Arrête ce qui suit :
          Les portes Saint-Denis et Saint-Martin, emblèmes du despotisme, seront, dans le plus bref délai, démolies. "


Ensembles sculpturaux : Arrêté du 2 brumaire an II (23 octobre 1793) de la Commune de Paris :

          " Le Conseil, considérant qu'il est de son devoir de faire disparaître tous les monuments qui alimenteraient les préjugés religieux et ceux qui rappellent la mémoire exécrable des rois,
         Arrête que dans huit jours, les gothiques simulacres des rois de France, qui sont placés en haut du portail de Notre-Dame, seront renversés et détruits. "

(NB : A vrai dire cette galerie de rois, qui fut effectivement détruite, représentaient les rois de Juda et non les rois de France. Bon, c'étaient quand même des rois...)


Viol de sépultures. C'est l'Assemblée nationale elle-même, et non quelques sans-culottes incontrôlés, qui décida de la destruction des tombes royales de Saint-Denis, en adoptant le rapport de Barère le 31 juillet 1793 :

          " Le Comité de salut public a pensé que, pour célébrer la journée du 10 août qui a abattu le trône, il fallait, pour son anniversaire, détruire les mausolées fastueux qui sont à Saint-Denis.
          Les porte-sceptre, qui ont fait tant de maux à la France et à l'humanité, semblent encore, même dans la tombe, s'enorgueillir d'une grandeur évanouie. La main puissante de la république doit effacer impitoyablement ces épitaphes superbes et démolir ces mausolées qui rappelleraient des rois l'effrayant souvenir. "

La démolition commença quelques jours plus tard.



Tableaux : La commission temporaire des arts arrête, le 25 prairial an II (13 juin 1794) que :

          " Tous les tableaux et portraits représentant des individus de la race Capet seront inventoriés et réunis dans un même dépôt et qu'on procèdera à leur destruction totale et complète afin que la superstition royaliste ne puisse en recueillir aucun . "


Le vandalisme généralisé, au nom des "idoles". Avis du Conseil Général de la Commune de Paris, en 1792

           "Tous les citoyens exerçant un négoce seront tenus, dans le délai de quinze jours, de détruire ou de faire détruire les enseignes, figures et tous emblèmes qui rappelleraient au peuple le temps d’esclavage sous lequel il a gémi pendant trop longtemps.

            Tous les propriétaires ou locataires de maisons sont tenus, aussi dans le délai de quinze jours, de faire disparaître de dessus les murs de leurs maisons les armes, fleurs de lis, statues, bustes, enfin tout ce qui ne peut être considéré que comme des honneurs rendus à un individu, la Liberté et l’Égalité étant désormais les seules idoles dignes des hommages du peuple français "

Cité par Louis Réau , Histoire du vandalisme, Ed. Robert Laffont, Paris 1994, p 357


Le résultat

          D'innombrables bâtiments, monuments, œuvres d'art, tombeaux furent dégradés, démolis ou vendus par la République.

Voici quelques exemples :
1790         Saccage du couvent des Célestins
                Suppression de la Chartreuse
                Suppression de l'abbaye de Saint-Magloire
                Démolition de Saint-Julien des Ménétriers

1791         Démolition de centaines d'églises
                Laïcisation de l'église Sainte-Geneviève, devenue le Panthéon
                Commencement de démolition du donjon de Vincennes
                Démolition de Saint Lucien (Beauvais)
                Destruction de l'église abbatiale de Royaumont
                Démolition de la chapelle de la Sainte-Chandelle (Arras)
                Démolition du jubé de Saint Ouen (Rouen)
                Démolition de la Rotonde romane de Saint-Bénigne de Dijon
                Vente de l'abbaye de Maillezais (Poitou)
                Fonte des trésors des cathédrales de Beauvais et d'Angers

1792         Destruction de la flèche de la croisée du transept de Notre-Dame de Paris
                Saccage du palais des Tuileries
                Pillage de l'Hôtel de Ville
                Vente de l'abbaye de Saint-Wandrille
                Vente de l'abbaye de Dammarie-les-Lys
                Mise en vente de l'abbaye du Paraclet
                Démolition du jubé de Vézelay
                Mutilation des tombeaux des ducs de Bourbon à Souvigny

1793         Vente du mobilier de Versailles d'août 1793 à août 1794.
                Destruction de la galerie des Rois de Juda à Notre Dame de Paris
                Démolition de la flèche de la sainte Chapelle
                Fonte de la châsse de Sainte Geneviève
                Violation des tombeaux royaux de Saint Denis
                Pillage du trésor de saint Denis
                Les cœurs des rois de France, embaumés et conservés au Val-de-Grâce, sont brûlés en place de Grève.
                Dispersion du mobilier de Marly
                Vente du mobilier de Rambouillet
                Mutilation des cathédrales de Senlis et de Beauvais
                Destruction du tombeau de saint Rémi à Reims
                Destruction des tombeaux des comtes de Champagne à Troyes
                Ruine de l'abbaye de Clairvaux
                Destruction de l'abbaye de Cîteaux
                Destruction du château de Clisson
                Démolition du palais Galien (amphithéâtre romain) à Bordeaux

1794         Installation d'une raffinerie de salpêtre dans la nef de Saint-Germain-des-Prés
                Destruction de 235 statues à la cathédrale de Strasbourg
                Destruction du mausolée de Saint Yves dans la cathédrale de Tréguier
                Mutilation du tombeau du roi René à Angers
                Fonte de la châsse de saint Claude et brûlement de ses reliques

1795         Destruction du mausolée de saint Thomas d'Aquin

1796         Saccage du dôme des Invalides
                Démolition de la chapelle Saint-Yves à Paris
                Destruction de la cathédrale de Cambrai

1797         Mise en vente de l'abbaye de Jumièges. Démolition du cloître.
                Démolition du cloître de la cathédrale de Reims
                Ecroulement de Saint Martin de Tours
                Brûlement des tapisseries de la couronne

1798        Vente et démolition de l'abbaye de Cluny


Source principale : Louis Réau , Histoire du vandalisme, Ed. Robert Laffont, Paris 1994



(1)  Désormais on dit " démontage " quand on démolit le symbole d'une domination étrangère.  Exemple : " - Que fais tu ce week-end ?  - Je vais démonter un MacDo ".
                                                                           (retour au texte)



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